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20 mars 2025 - 14:23:05
Bilan d'une importante étude chiffrée sur la production audiovisuelle belge francophone (Deloitte)
Effet levier des investissements publics en 2022 dans la production audiovisuel belge francophone et comparaison avec les autres secteurs de l'économie belge - © UPFF+
'Par ailleurs, le cinéma est une industrie', disait André Malraux. Cet art, englobant désormais séries et télévision, fascine autant qu'il constitue un pilier économique. Chacun(e) en a conscience, mais en Belgique francophone, aucune enquête n'avait jusqu'ici permis de le démontrer avec des données chiffrées. Ce vide vient d'être comblé, grâce à une étude commandée par l'Union des Producteurs Francophones de Films et de Séries (l'UPFF+), avec le soutien de partenaires sectoriaux (TWIST, intermédiaires tax shelter, CCA, Screen.brussels et Wallimage) au Cabinet Deloitte.

Pour la première fois donc, une enquête neutre, objective et exhaustive a été menée pendant un an, qui révèle l'impact économique du secteur audiovisuel belge francophone, et prouve sa contribution à l'économie et à l'emploi. Cela, grâce à un échantillon pleinement représentatif de l'industrie actuelle, estimé à 91% de l’ensemble du secteur de la production indépendante d'œuvres de stock (cinéma, documentaire, animation, séries, ...) en Fédération Wallonie-Bruxelles. L’étude a analysé les productions belges francophones de ces cinq dernières années, près de 600 œuvres au total, produites par 47 sociétés de production.

Des chiffres parlants pour l'économie et l'emploi



  • L'étude montre que l'audiovisuel représentait, en 2022 – dernière année où tous les chiffres ont pu être intégrés – 4137 équivalents temps plein (ETP) annuels. Un chiffre en augmentation de 18 % par rapport à 2018. - 1 million d'€ d'argent public investi dans l'audiovisuel génère 31 emplois dans l'économie belge. C'est presque 2x fois plus quela moyenne dans tous les autres secteurs (qui est de 17).
  • 1 € d'argent public investi dans l'audiovisuel belge francophone génère 4,4 € de produit brut pour l'économie belge.
  • 1 € d'argent public investi dans l'audiovisuel génère le double (2,02 € exactement) de valeur ajoutée brute pour l'économie belge. Un chiffre supérieur à la moyenne de l'ensemble des autres secteurs de l'économie belge, qui est de 1,87 €.
  • En 2022 les sociétés de production belges francophone ont généré un produit brut direct de 287 millions d'€ et un total (incluant les retombées indirectes et induites) de 579 millions d'€.
  • La valeur ajoutée brute directe – soit la contribution totale des sociétés de production au PIB Belge – se chiffre à 129 millions d'€, et la valeur ajoutée totale est de 266 millions d'€. Une somme redistribuée aux différents acteurs (État, ménages et actionnaires de l'économie).
  • Toujours en 2022, la somme des contributions fiscales directes s'élevait à 76 millions d'€. Pour 1 million d'€ d'argent public investi dans l'audiovisuel, 0,58 millions d'€ reviennent directement dans le budget de l'État.
  • Les sociétés audiovisuelles sont – pour l'heure – surtout basées à BruxellesLiège et dans le Brabant Wallon. Mais l'industrie, à travers la permanence de ses tournages, reste active aux quatre coins du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles : CharleroiMons, Namur, Tournai...
  • L'audiovisuel génère de l'activité économique et donc, de nombreuses opportunités d'emploi. L'activité est parfois telle que l'industrie se retrouve en surcapacité de travail, et en sous-capacité de main-d'œuvre, certains postes étant parfois manquants. 




Le Tax Shelter : un levier complémentaire indispensable aux financements publics pour la création


Les financements publics demeurent la pierre angulaire du soutien à la création audiovisuelle. Ils constituent la base essentielle sur laquelle repose l’ensemble des projets, en assurant leur faisabilité dès les premières étapes de développement. Cependant, l’étude met en lumière l’importance croissante du Tax Shelter, cet incitant fiscal qui, depuis 2003, joue un rôle clé en complément de ces financements.


Représentant de 35% (pour la production d’initiative belge) à 76% (pour les coproductions minoritaires), en moyenne, de la part de financement belge, le Tax Shelter se positionne comme un soutien déterminant, mais il intervient comme un complément de financement.  Il ne peut remplacer les aides publiques communautaires, européennes et régionales (qui représentent 40% pour les productions belges, 10% pour les productions étrangères), ni les contributions des diffuseurs (respectivement 17% pour les oeuvres belges, 5% pour les coproductions) ou des sociétés de production (4 à 8%, en moyenne). Ces financements publics et privés forment un écosystème interconnecté où le Tax Shelter agit comme un catalyseur, amplifiant l’impact des financements de base (comme les systèmes équivalents de “tax rebate” à l’étranger).


Créé à l'origine pour soutenir la création belge, le Tax Shelter est paradoxalement le seul système de financement européen qui favorise les coproductions internationales au détriment des productions belges. Ces dernières présentent pourtant une masse salariale globale (55%) plus importante – et donc plus pérenne – pour l'industrie. 


Bien que l'outil reste primordial et vertueux pour l'industrie, un rééquilibrage s'impose pour favoriser davantage la création artistique d’initiative belge.


L'avenir est (aussi) au local


Car si historiquement, l'industrie belge francophone a toujours misé sur des coproductions internationales, le local est désormais crucial. Face à la mondialisation, et pour répondre aux attentes des créateurs, des diffuseurs et du public, l'année 2015 a marqué un tournant, avec la création du Fonds des Séries Belges. Une initiative conjointement imaginée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (via son Centre du Cinéma) et la RTBF (via les obligations de son contrat de gestion). 


Ce Fonds, qui a constitué une décision politique majeure a, en moins d'une décennie, permis de mettre en lumière un savoir-faire jusque-là inédit dans l'écosystème, grâce à des séries comme La Trêve, Ennemi Public, Unité 42, Des Gens bien, 1985, Baraki, Pandore (...), avec un succès critique et public, belge et étranger. Des séries qui ont restructuré le secteur, en offrant de nouvelles perspectives, notamment à la jeune génération. Chacun(e) se réjouira par ailleurs d'un nouveau contexte concurrentiel, avec l'arrivée sur le marché de RTL TVI. Par ailleurs, les opérateurs étrangers (plateformes incluses) sont désormais obligés d'investir sur le territoire belge, conformément à la Directive européenne SMA (Service Média Audiovisuel).


Ces séries ont démontré que, lorsque l'industrie décide de prendre son destin en main, elle peut aussi proposer des œuvres à valeur patrimoniale et parlantes pour le grand public, en misant sur des genres (comédie, fantastique, thriller...) encore peu exploités jusqu'ici en Belgique francophone. Ce phénomène pourrait, dans les années à venir, rejaillir sur d'autres axes locaux importants : le cinéma, le documentaire, l’animation, les films de plate-formes et les programmes télévisés. Renforcer l'identité locale tout en restant ouvert à l'international permettra à l'industrie belge francophone de continuer à croître, et de se démarquer sur le long terme.


En conclusion


L’audiovisuel belge francophone est un secteur clé, générant des millions d’euros de retombées pour l’économie et des milliers d’emplois. L’étude met en lumière que chaque euro investi rapporte 4,4 € à notre économie, soulignant son impact direct et son importance stratégique. Il combine créativité et rentabilité, tout en plaçant la Belgique sur la scène internationale.


Cependant, depuis la fin de l’étude, les leviers qui nous permettaient de poursuivre notre essor semblent menacés. La suppression de l’indexation de la dotation RTBF, le décret SMA, actuellement attaqué par un recours de Netflix, et la baisse du budget du Centre du cinéma mettent en péril l’évolution, le déploiement et même la stabilité du secteur. L’étude souligne qu’il est urgent de réorienter les financements pour privilégier la création belge, tout en restant ouverts aux coproductions internationales. Soutenir l’audiovisuel, c’est garantir un avenir économique et culturel solide, tout en créant des emplois durables en Belgique francophone.


Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez télécharger ici les slides de la présentation résumant l'étude.


 


Cette étude a été réalisée par Deloitte pour l'UPFF+ avec le soutien du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de Wallimage, de Sreen.brussels, de l'UBV, d'uMedia, de Taxshelter.be, de Beside, de TSF Belgique et d'Eye-Lite.