Des chiffres parlants pour l'économie et l'emploi
Le Tax Shelter : un levier complémentaire indispensable aux financements publics pour la création
Les financements publics demeurent la pierre angulaire du soutien à la création audiovisuelle. Ils constituent la base essentielle sur laquelle repose l’ensemble des projets, en assurant leur faisabilité dès les premières étapes de développement. Cependant, l’étude met en lumière l’importance croissante du Tax Shelter, cet incitant fiscal qui, depuis 2003, joue un rôle clé en complément de ces financements.
Représentant de 35% (pour la production d’initiative belge) à 76% (pour les coproductions minoritaires), en moyenne, de la part de financement belge, le Tax Shelter se positionne comme un soutien déterminant, mais il intervient comme un complément de financement. Il ne peut remplacer les aides publiques communautaires, européennes et régionales (qui représentent 40% pour les productions belges, 10% pour les productions étrangères), ni les contributions des diffuseurs (respectivement 17% pour les oeuvres belges, 5% pour les coproductions) ou des sociétés de production (4 à 8%, en moyenne). Ces financements publics et privés forment un écosystème interconnecté où le Tax Shelter agit comme un catalyseur, amplifiant l’impact des financements de base (comme les systèmes équivalents de “tax rebate” à l’étranger).
Créé à l'origine pour soutenir la création belge, le Tax Shelter est paradoxalement le seul système de financement européen qui favorise les coproductions internationales au détriment des productions belges. Ces dernières présentent pourtant une masse salariale globale (55%) plus importante – et donc plus pérenne – pour l'industrie.
Bien que l'outil reste primordial et vertueux pour l'industrie, un rééquilibrage s'impose pour favoriser davantage la création artistique d’initiative belge.
L'avenir est (aussi) au local
Car si historiquement, l'industrie belge francophone a toujours misé sur des coproductions internationales, le local est désormais crucial. Face à la mondialisation, et pour répondre aux attentes des créateurs, des diffuseurs et du public, l'année 2015 a marqué un tournant, avec la création du Fonds des Séries Belges. Une initiative conjointement imaginée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (via son Centre du Cinéma) et la RTBF (via les obligations de son contrat de gestion).
Ce Fonds, qui a constitué une décision politique majeure a, en moins d'une décennie, permis de mettre en lumière un savoir-faire jusque-là inédit dans l'écosystème, grâce à des séries comme La Trêve, Ennemi Public, Unité 42, Des Gens bien, 1985, Baraki, Pandore (...), avec un succès critique et public, belge et étranger. Des séries qui ont restructuré le secteur, en offrant de nouvelles perspectives, notamment à la jeune génération. Chacun(e) se réjouira par ailleurs d'un nouveau contexte concurrentiel, avec l'arrivée sur le marché de RTL TVI. Par ailleurs, les opérateurs étrangers (plateformes incluses) sont désormais obligés d'investir sur le territoire belge, conformément à la Directive européenne SMA (Service Média Audiovisuel).
Ces séries ont démontré que, lorsque l'industrie décide de prendre son destin en main, elle peut aussi proposer des œuvres à valeur patrimoniale et parlantes pour le grand public, en misant sur des genres (comédie, fantastique, thriller...) encore peu exploités jusqu'ici en Belgique francophone. Ce phénomène pourrait, dans les années à venir, rejaillir sur d'autres axes locaux importants : le cinéma, le documentaire, l’animation, les films de plate-formes et les programmes télévisés. Renforcer l'identité locale tout en restant ouvert à l'international permettra à l'industrie belge francophone de continuer à croître, et de se démarquer sur le long terme.
En conclusion
L’audiovisuel belge francophone est un secteur clé, générant des millions d’euros de retombées pour l’économie et des milliers d’emplois. L’étude met en lumière que chaque euro investi rapporte 4,4 € à notre économie, soulignant son impact direct et son importance stratégique. Il combine créativité et rentabilité, tout en plaçant la Belgique sur la scène internationale.
Cependant, depuis la fin de l’étude, les leviers qui nous permettaient de poursuivre notre essor semblent menacés. La suppression de l’indexation de la dotation RTBF, le décret SMA, actuellement attaqué par un recours de Netflix, et la baisse du budget du Centre du cinéma mettent en péril l’évolution, le déploiement et même la stabilité du secteur. L’étude souligne qu’il est urgent de réorienter les financements pour privilégier la création belge, tout en restant ouverts aux coproductions internationales. Soutenir l’audiovisuel, c’est garantir un avenir économique et culturel solide, tout en créant des emplois durables en Belgique francophone.
Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez télécharger ici les slides de la présentation résumant l'étude.
Cette étude a été réalisée par Deloitte pour l'UPFF+ avec le soutien du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de Wallimage, de Sreen.brussels, de l'UBV, d'uMedia, de Taxshelter.be, de Beside, de TSF Belgique et d'Eye-Lite.